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Je copie colle au cas où le blog fermerait.

C’est un billet d’opinion, le ressenti d’une personne.

Mon champion du monde : Hakim El Karoui

Par France Quiqueré, dimanche 20 février 2005 à 00:02 ::

Il est de ces personnalités, croisées au travers d’une vie, qui nous font dire que l’on a pas vécu pour rien…

Seulement voilà, Hakim El Karoui ne fait pas parti de ces gens là. Et c’est un beau matin de janvier 2001 que j’ai fait la connaissance de ce personnage abject.

Un homme guindé, pas tout à fait la trentaine, oeil perçant, costume ridicule. Diable que lui était-il arrivé pour se retrouver professeur de statistique en première année de géographie à Bron ?

Dès la première phrase, une extrême froideur s’installe. « Bonjour, je m’appelle Mr El karoui, et je suis normalien ».

Ceux qui étaient là avec moi dans ces moments de soufrance, savent à quel point cette phrase étaient lourde de sens. ça s’annonçait mal pour nous à vrai dire… Un genre de guerre ouverte entre une petite promo de 40 personnes et un mecton ambitieux muni de tous les scandaleux pouvoirs que l’université délègue à leurs employés.

Galériens ! Votre sort est entre mes mains, et croyez moi, ça va râcler dans le fond du bateau, et ça cabrera de la proue, putain !

Jean-Pierre, Nicolas et Hakim sont un bâteau.. et ils n’y partiront pas de si tôt !

Oh oui j’ai détesté cet homme. Ce qui m’a déplu ? J’hésite entre son sadisme ardent, son extrême tranquillité dans ces exactions ou sa verve de technocrate mal embouché.

Mais ce qui vous touche le plus bien évidemment, ce sont les vacheries gratuites que l’on vous inflige. En voici un exemple.

Nous avions eu des notes lamentables à un devoir (forcément). L’homme dont nous parlons avait eu la suspecte idée de nous proposer un devoir à rendre pour rattraper nos notes.

Le jour où l’on devait rendre ce devoir arriva, et El karoui observa calmement la classe. Dans nos regards et attitudes, il tentait de déceler qui n’avait pas fait ces fichus exercices, et ma foi, excellait dans ce domaine.

« Toi ! tu as fait ton devoir ? OK ! zéro ! » Certains pourtant outrepassaient ses dons de clairvoyance en faisant l’affront de rendre la copie. Il fallait alors se lever, aller à l’autre bout de la classe, et poser la feuille sur son bureau.

L’heure avançait, et son regard se pose sur moi. « Et toi France tu as fait ton devoir ? » Un sourire satisfait trahit par une soudaine bouffée d’Endorphine me précipite sur mon dossier. Je lâche un petit « oui », et me dirige sûrement vers lui.

Arrivée devant lui, il ne m’adresse ni mot, ni regard. Je pose ma feuille, me retourne, et j’entends la phrase qui suit : « Mais je ne vous ai pas demandé de l’apporter, reprenez votre feuille ».

Figée, incapable de comprendre ce qui m’arrivait, j’exécutais et retournais à ma place. J’apprenais par la suite, qu’avec 8/20 au devoir précédent, je n’étais pas prioritaire pour rendre le devoir. Charmante excuse, excepté que l’on n’a pas son année avec un 8/20.

Mais on ne pas plaire à tout le monde n’est-ce pas…

Quelques année plus tard, je désenfouissais ce souvenir pour prendre conscience d’une chose : Cet homme ne peut que faire carrière, et pourquoi pas même dans la politique.

Google est vraiment un ami formidable, et je découvrais rapidement qu’après l’affreux semestre passé à nos côtés, il s’était réfugié dans les jupes de Matignon, auprès d’une autre personnalité dont je ne connais que ce qu’on nous montre, mais qui orne fièrement nos fond d’écran à l’IUT (au second degré je vous rassure..)

Jean-Pierre Raffarin.

Saperlipopette, il a fait vite le gazier ! « La plume de Jean-Pierre Raffarin ». Quelle fabuleuse promotion. Je n’écoute d’ailleurs plus ses discours de la même façon.

Aujourd’hui, dans Le Monde du 19 février, un article lui est consacré. On y apprend rien d’intéressant, mais c’est tout à fait normal. L’heure est venu pour lui de se faire connaître.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-398801,0.html

Je vous invite à le survoler et à retenir ce nom. Cet homme a maintenant 33 ans, et dans 10 ans, vous le verrez faire la pute à l’élysée. Certes, il n’est pas pire que les autres. Moins agressif que notre Sarko, moins con que Jean-Pierre. Mais c’est bien ça le plus grave. Ce sont eux qui nous gouvernent.

Quand à ses qualités pédagogiques, j’espère que vous avez pu les apprécier. Manifestement ce professeur nous méprisait avant même de nous connaitre.

Ah ça oui, on fait pas Normale quand on est en première année de géographie. On est la populace, le peuple à gouverner d’une main ferme. Mais quelque part aussi, un champ d’expérimention pour s’exercer à l’intimidation, et à l’autorité.

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Chiraquien mais pas sarkozyste ! par Hakim El Karoui

J’étais chiraquien tendance « France d’en bas » et j’ai travaillé dans plusieurs gouvernements entre 2002 et 2006. J’étais fier d’appartenir à une équipe menée par Jacques Chirac, président humaniste dont les mandats ont été marqués par plusieurs décisions majeures : la reconnaissance de la culpabilité de la France dans les crimes de Vichy, l’opposition à la guerre en Irak, un regard non occidentalo-centré sur les affaires du monde, l’engagement contre les discriminations, la réforme des retraites.

Au-delà des contingences politiques, les actes de Jacques Chirac ont été guidés par une idée forte : l’égalité entre les hommes dont son grand oeuvre, le Musée du quai Branly, est l’emblème. « Il n’existe pas plus de hiérarchie entre les arts qu’il n’existe de hiérarchie entre les peuples » (20 juin 2006, discours d’inauguration du Quai Branly). Aucune culture, aucun homme n’est supérieur aux autres. Qu’il soit français ou immigré, catholique, juif ou musulman.

Nicolas Sarkozy a choisi une autre voie. Je ne la partage pas. Il a le mérite de proposer un choix clair, un programme cohérent, résolument « de droite » fondé sur une idée : celle de l’inégalité parmi les hommes. Ce conflit entre égalité et inégalité est, je crois, structurant. Les uns croient en l’inégalité, en l’inné plus qu’en l’acquis, en l’ordre établi, en la discrimination positive, en l’immanence d’une nation qui est une tradition à laquelle il faut se soumettre, ils portent haut et fort les valeurs de l’Occident et refusent les droits de succession « égalitaristes ». Les autres se retrouvent autour de l’idée d’égalité des hommes et des cultures, croient en la capacité de réinvention continue de la nation que l’immigration enrichit plutôt qu’elle ne menace et admettent que le contexte familial, social et culturel a une part majeure dans l’évolution des individus.

Le conflit entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy était donc bien plus qu’un conflit de filiation, une opposition entre César et Brutus. C’était le conflit entre deux idées de l’homme. Et aussi, plus accessoirement, entre deux analyses de la société. Là où Jacques Chirac voulait d’abord assurer la cohésion, la cohérence, le rassemblement, Nicolas Sarkozy crée du conflit, oppose les uns aux autres (ceux qui se lèvent tôt à ceux qui se lèvent tard, les Français aux immigrés, les fonctionnaires aux salariés du privé…), croit toujours que l’on n’en fait pas assez.

Il est vrai qu’il ne semble jamais rassasié d’actions… et de provocations. Se poser en victime du « front des haines » après la campagne qu’il vient de faire, c’est quand même culotté !

Côté socialiste, que s’est-il passé ? Le même conflit – atténué – entre égalité et inégalité que les héritiers de la « deuxième gauche » ont voulu justifier avec l’idée empruntée à John Rawls (1921-2002) selon laquelle l’inégalité est justifiée dès lors qu’elle profite à tous. C’était un peu le débat entre Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn que Ségolène Royal a posé différemment en emportant tout sur son passage.

Et c’est à elle aujourd’hui que revient la responsabilité de moderniser le logiciel socialiste et de choisir entre égalité et inégalité. Son engagement politique issu du féminisme, sa vision d’une « République métissée », sa capacité à interroger le consensus libre-échangiste laissent penser qu’elle orientera le Parti socialiste vers le choix de l’égalité.

Dès lors, la question se pose : peut-on, quand on a apprécié la politique de Jacques Chirac et partagé cette idée d’égalité, peut-on voter pour celui qui porte l’idée opposée ? La réponse me semble claire. C’est non.

Ségolène Royal peut-elle être à sa manière porteuse de cette idée de l’homme qui est à mes yeux plus importante que tout ? La réponse n’est pas certaine, mais j’en fais le pari. Je voterai Ségolène Royal.

Hakim El Karoui est ancien conseiller à Bercy et à Matignon.

Source : Le Monde