Archive pour avril, 2009

Conflit entre jaunes et rouges, partisans du roi et partisans de Thaksin

A. Qui sont les jaunes?

Les « jaunes », – couleur du lundi, jour de la naissance du roi -, ont formé en 2005 l’Alliance du peuple pour la démocratie (APD) pour tenter de chasser M. Thaksin du pouvoir. L’APD est soutenue par une frange des classes moyennes urbanisées, le sud du pays et une fraction de l’establishment traditionnel du royaume, dont des militaires et des milieux d’affaires. L’APD défend les intérêts de la monarchie – en affichant le « jaune » royal. Elle préconise ouvertement une réduction du suffrage universel, puisque les pauvres, au cours des quatre derniers scrutins, ont voté pour M. Thaksin et ses partisans. Jusqu’ici, la monarchie, tout en restant en retrait, n’a guère fait d’efforts pour se démarquer des « jaunes », en dépit de leurs méthodes parfois expéditives.

B. Qui sont les rouges?

Ce sont les partisans de Thaksin Shinawatra. Ses origines : riche famille sino-thailandaise. Il a été lieutenant-colonel de police, docteur en criminologie, diplômé de l’Université du Kentucky (États-Unis). En 1987 il crée le Shinawatra Computer and Communication Group, profitant de l’essor spectaculaire de la téléphonie mobile, des liaisons satellite et du boom boursier, il fait rapidement fortune et est devenu aujourd’hui, avec sa famille, la première fortune du pays. Conclusion : vieille famille, bonnes études à l’etranger, poste dans la police, profite du boom de la téléphonie mais avec les capitaux de la famille, fait fortune évidemment, et donc… Il entame une carrière politique et gravit rapidement les échelons, député du parti Palang Dharma, puis ministre des Affaires étrangères en 1994, vice-Premier ministre en 1997. Son parti disparaît à cause de la crise, il en crée un autre : en 1998, il crée un nouveau parti le Thai Rak Thai, remporte les élections législatives du 6 janvier 2001 et le roi le nomme effectivement Premier ministre. Problème : après une période de grande popularité, ou du moins, sans trop d’opposition, ses opposants dénoncent des manoeuvres de corruption pour que sa femme puisse acheter des terrains détenus par la Banque de Thaïlande.

C. Les étapes de la lutte.

Etape 1 (2001 – septembre 2006) : avantage à Thaksin :

programme populiste (démago?) mais on n’oublie pas les milieux d’affaires. Elu, il s’attaque au problème de la drogue, promettant de le règler en six mois, mais sans résultats réels, son action aboutit à plus de deux mille morts dans des opérations de police litigieuses. La crise du poulet est traitée à la hussarde. Dans le sud du pays, il traite le problème des revendications des populations musulmanes d’une main de fer. (Traduire?)

Mais le bilan économique de son mandat paraît positif et sur le terrain social son gouvernement a travaillé à un système de salaire minimal et de sécurité sociale qui lui ont valu une popularité à travers le pays. À partir de février 2006, déclin de Thaksin. On l’accuse d’avoir profité de sa position pour favoriser des opérations financières bénéficiant à ses proches.

Il est finalement renversé par un coup d’État militaire, mené par le général Sonthi Boonyaratglin, le 19 septembre 2006 alors qu’il se trouve à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies.

Etape 2 (septembre 2006 – décembre 2007) : avantage aux jaunes, coalition plutôt traditionnaliste et urbaine, favorable à la monarchie.

Le putsch amène au pouvoir des généraux qui font tout pour casser l’image de Thaksin (contrôle des médias). Objectif : casser son image et ses réseaux. En mai 2007, le parti de Thaksin, Thai rak Thai, est cassé, dissous, et reconnu coupable de fraude électorale ; qu’à cela ne tienne : un nouveau parti est fondé, le PPP (le Parti du Pouvoir du Peuple) avec à sa tête le très controversé Samak Sundaravej.

Etape 3 (décembre 2007 – décembre 2008) : l’avantage repasse aux rouges.

Lors des élections de décembre 2007, c’est une coalition PPP, avec deux autres formations politiques : le Matchima Thipataya et le Chart Thai. Le très controversé Samak Sundaravaj devient premier Ministre. En mars, Thaksin le corrompu revient en Thaïlande.  Ensuite, accusé de corruption, Samak est destitué en septembre 2008 et <!– @page { size: 21cm 29.7cm; margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } –>Somchai Wongsawat, son Vice Premier Ministre, beau frère de Thaksin Shinawatra, devient Premier Ministre : malgré le changement d’hommes, le pouvoir ne change pas de camp.

Novembre 2008 : les jaunes ne se laissent pas faire et bloquent les aéroports de Thailande pour faire pression sur le gouvernement.

2 décembre 2008 : la Cour Constitutionnelle dissout le Parti du pouvoir du peuple (PPP), le parti pro-Thaksin, accusé d’avoir frauduleusement remporté les élections générales du 23 décembre 2007. La décision est favorable à l’Alliance du peuple pour la démocratie qui bloque les aéroports de Bangkok afin de faire tomber le gouvernement de Somchaï Wongsawat – une minorité.

Etape 4 : Victoire des jaunes?

Ce n’est pas si simple. Il semble que certaines élites qui souhaitent sortir du conflit politique, il leut faut donc trouver un équilibre entre les deux clans qui se déchirent : ils ont besoin d’un leader qui mette tout le monde d’accord et de soutien d’anciens partisans de Thaksin. Il faut dix jours de tractations pour imposer Abhisit Vejjajiva.

D. La situation actuelle.

Politiquement, une motion de censure a été proposé contre plusieurs membres du gouvernement, hostile donc à Thaksin : ces membres sont le Premier Ministre, Abhisit Vejjajiva, le  ministre des finances Korn Chatikavanij, le ministre de  l’Intérieur Chaovarat Chanweerakul, le vice-ministre de  l’intérieur Boojong Wongtrairat, le vice -ministre des finances  Pradit Pataraprasit et le ministre des affaires étrangères Kasit  Piromya : ils ont tous, politquement, échappé à la destitution.

Mais, somme toute, cela importe peu : le vrai combat se passe dans la rue : les rouges, partisan de Thaksin, n’abandonnent pas, et aujourd’hui, lundi 13 avril, l’armée a chargé les manifestants